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mesure d’impact

Mesure et gestion de l’impact : qu’est-ce qui compte vraiment ?

Anne-Sophie Pype - Membre du conseil d'administration - Managing Director, Degroof Petercam Foundation
Vanessa Speleers - Impact and Program Manager

Comment mesurer l’impact sans que cela devienne un simple exercice consistant à cocher des cases ? Telle était l’une des questions centrales soulevées lors de la récente masterclass organisée par la Fondation Degroof Petercam sur la mesure et la gestion de l’impact.

Réunissant des points de vue issus du monde universitaire, des philanthropes et des acteurs de terrain, la discussion a clairement mis en évidence un point : la mesure d’impact ne doit pas servir à prouver la réussite. Elle doit aider les organisations à apprendre, à s’améliorer et à rester concentrées sur le besoin social auquel elles cherchent à répondre.

Partir de la raison d’être, et non du reporting

Elise Leclerc, cofondatrice et directrice de l’Impact Measurement Lab à l’ESSEC Business School à Paris, a présenté le concept de « mesure d’impact frugale » : une approche pragmatique et simple conçue pour soutenir l’apprentissage interne plutôt que le reporting externe. Elle a remis en question l’idée selon laquelle une mesure d’impact rigoureuse doit nécessairement mobiliser d’importantes ressources, soulignant que les études randomisées, bien que précieuses dans certains contextes, ne sont pas toujours nécessaires ni réalisables.
Selon elle, l’approche la plus efficace allie rigueur académique, perspective internationale et simplicité. La mesure d’impact est particulièrement utile lorsqu’elle est intégrée à la stratégie et utilisée comme outil de gestion au service d’un apprentissage continu. Les questions clés ne sont pas seulement « qu’avons-nous fait ? », mais aussi : « pourquoi le faisons-nous, à qui cela profite-t-il, quelle différence cela fait-il, et comment pouvons-nous faire mieux ? »

Un outil pour orienter l’action, et pas seulement pour communiquer

Cette distinction entre communication et gestion est également ressortie avec force dans les points de vue issus du terrain partagés lors de la masterclass.
Daniel Verougstraete, a fait valoir que la mesure d’impact devait avant tout servir la mission d’une organisation. Au-delà de la reddition de comptes, il considère les données d’impact comme un puissant outil de communication permettant de mettre en avant des enjeux sociétaux moins visibles dans le débat public, de sensibiliser et de susciter la discussion. Pour remplir ce rôle, les organisations doivent rester suffisamment agiles pour s’adapter à l’évolution des circonstances et communiquer leurs conclusions d’une manière qui trouve un écho auprès des praticiens, des décideurs et du grand public. Ce n’est qu’ainsi que les données d’impact pourront contribuer à un changement significatif et aider à façonner les politiques publiques.
Frédérick Mathis, du Réseau ETRE, a illustré comment la mesure d’impact peut renforcer la gestion des programmes et l’amélioration continue. Lorsque la proportion de femmes dans les programmes de formation d’ETRE est passée d’environ 50 % à 30 %, cela a donné lieu à une analyse plus approfondie des pratiques d’orientation et a finalement conduit à l’élaboration de nouveaux outils destinés aux partenaires, permettant ainsi à davantage de femmes d’accéder à ces programmes plus tôt et de manière plus systématique. Pour Frédérick, l’intérêt de la mesure d’impact réside non seulement dans la démonstration des résultats, mais aussi dans leur compréhension. Bien utilisée, elle devient un outil de pilotage qui aide les organisations à remettre en question leurs hypothèses, à améliorer leurs pratiques et à tirer les leçons tant de leurs succès que de leurs échecs.
Mal utilisée, cependant, elle peut créer des incitations perverses, comme le fait de se concentrer sur les cas les plus faciles simplement pour maintenir des chiffres de résultats élevés.

Rester utile et honnête

À la Fondation Degroof Petercam, cette réflexion fait écho à notre propre expérience. La mesure d’impact doit rester proportionnée à la réalité d’une organisation et soutenir une réflexion à long terme, en reconnaissant qu’un changement significatif prend du temps et est rarement linéaire.
Nos enquêtes d’impact montrent que nos partenaires apprécient particulièrement notre soutien non financier : les aider à affiner leur stratégie et leur gouvernance, renforcer leur légitimité auprès d’autres bailleurs de fonds et créer des liens pertinents avec leurs pairs et d’autres fondations. Ce constat nous a aidés à affiner notre approche. Aujourd’hui, nos événements et notre soutien non financier se concentrent sur des thèmes transversaux tels que la mesure d’impact, la mise à l’échelle et la collecte de fonds, dans le but d’aider les associations à apprendre les unes des autres et à tisser des liens significatifs.
La mesure d’impact est autant une attitude qu’un cadre méthodologique. Le juste équilibre réside dans un dialogue continu et dans la cocréation d’indicateurs clés de performance (KPI) pertinents qui reflètent la réalité et les priorités d’une organisation. Plus largement, un partenariat entre fondations et associations à but non lucratif est un équilibre entre confiance, responsabilité et apprentissage.

Quelques leçons à garder à l’esprit

  • Commencez modestement : un seul programme ou un seul acteur peut déjà être source d’enseignements précieux.
  • Concentrez-vous sur un nombre limité d’indicateurs qui comptent vraiment.
  • Ancrer la mesure dans une théorie du changement claire et dans votre raison d’être.
  • Utiliser les données pour améliorer les décisions, que ce soit au sein de votre organisation ou au niveau des politiques publiques.
  • Élaborer des cadres d’impact grâce au dialogue, à la confiance et à l’apprentissage partagé.
S’il y a une leçon à retenir de cette masterclass, c’est peut-être celle-ci : ne transformez pas la mesure d’impact en un simple exercice de confirmation. Dès lors que la mesure sert uniquement à prouver qu’une organisation fonctionne bien, elle perd une grande partie de sa valeur.
fondation

La mesure d’impact ne doit pas être un miroir rassurant. Elle doit être une boussole : une boussole qui aide les organisations et les fondations à porter un regard plus honnête, à apprendre avec plus de courage et à agir de manière plus significative.

Anne-Sophie Pype, Managing Director & Board Member of Degroof Petercam Foundation
Degroof Petercam Foundation: Empower. Society.

Fondée en 2008 en tant que fondation d’utilité publique, la Fondation Degroof Petercam (DPF) figure parmi les plus grandes fondations d’entreprise belges.
Sa mission, Empower. Society., repose sur un double engagement. D’une part, la Fondation partage son expertise philanthropique et son réseau afin de promouvoir la philanthropie auprès des clients, des parties prenantes et des membres du personnel de Degroof Petercam. D’autre part, la Fondation décerne chaque année le DPF Award en Belgique et octroie un financement pluriannuel non-fléché ainsi qu’un accompagnement stratégique. Cela permet aux organisations non lucratives entrepreneuriales d’accroître leur impact afin de renforcer l’autonomie des individus par l’éducation, l’emploi et le bien-être social.
Actuellement dotée d’une équipe de quatre personnes et disposant d’un budget annuel de près de 1,4 million d’euros, la Fondation a octroyé près de 10 millions d’euros à des projets philanthropiques depuis sa création.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur Degroof Petercam Fondation.