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GAFAM's : nouvelle étape dans la guerre des données

Par Jérôme van der Bruggen - Head of Investments
Microsoft a racheté Nuance Communications le 12 avril dernier. Pourquoi est-ce important ? Et en quoi est-ce une nouvelle étape dans la guerre des données que se livrent les géants de la Silicon Valley ? Quelle est la signification profonde de cette opération de rachat d’apparence « anodine » ?
A priori, le rachat de Nuance Communications semble anodin, étant donné que le montant de l’acquisition s’élève à 20 milliards de dollars alors que la capitalisation boursière de Microsoft est de 2.000 milliards de dollars. D’apparence anecdotique, cette opération lève en réalité le voile sur la stratégie de Microsoft, une des entreprises le plus valorisées du monde. Plus largement, elle symbolise à elle seule les enjeux de ce qu’on peut appeler la « guerre des données ».

Microsoft en quelques mots

Avant d’aller plus loin, un rappel sur les fondamentaux de Microsoft n’est pas inutile. Chacun sait que cette société emblématique a été fondée par Bill Gates en 1975. En juin 2020, elle affichait 143 milliards de revenus. Ces revenus ont connu une croissance de 12 % ces quatre dernières années. Précisons également que cette croissance déjà bien soutenue s’est encore accélérée sous l’impulsion de la stratégie du nouveau CEO, Satya Nadella, arrivé en 2014. Le grand public connaît Microsoft au-travers de ses logiciels phares comme Office, Excel ou encore Word. Mais en réalité, l’activité de Microsoft est nettement plus large que ce que l’on imagine : c’est aussi une des premières entreprises de service d’infrastructure du cloud avec Microsoft Azure.

Le cloud : stockage des données

A vrai dire, le « cloud » - littéralement « nuage » ou « nuage de données » - fait référence au stockage ou plus précisément à l’hébergement des données emmagasinées par les entreprises. Prosaïquement, ce stockage, cela commence par de l’infrastructure, c’est-à-dire des machines (des serveurs), situées dans des centres spécialisés de données, localisés un peu partout dans le monde et sur lesquels sont « gardées » les données des entreprises. Or, comme chacun sait, les données sont la matière première de l’économie digitale, c’est le pétrole des temps modernes. Microsoft Azure, Amazon Web Services et Google Cloud Platform (les trois grandes plateformes du « cloud ») dominent le marché des services d’infrastructure du cloud. Ensemble, ils détiennent presque deux tiers du marché mondial. Faut-il le préciser, ce marché a littéralement explosé avec une croissance de 40 % par an sur les quatre dernières années.

Les données sont la matière première de l’économie digitale.

Nuance Communications : technologies de reconnaissance vocale

Voilà pour le portrait de Microsoft, mais qu’en est-il de Nuance Communications, sa dernière proie ? Peu connue du grand public, Nuance Communications est une société spécialisée dans les technologies de la reconnaissance vocale. A titre d’exemple, Siri, le fameux outil de reconnaissance vocale d’Apple utilise la technologie de Nuance Communications.
Ajoutons pour la petite histoire que c’est Nuance Communications qui hérita des brevets de la société Lernout & Hauspie (dont on se souvient de la faillite retentissante en 2001 pour fraude comptable mais qui avait de réelles compétences) puisqu’elle a fusionné en 2005 avec Scansoft qui elle-même avait racheté les technologies de reconnaissance vocale de L&H avec 150 employés. Autre anecdote piquante, Nuance Communications a toujours un centre de recherche au Sud de Gand avec 50 employés (à Merelbeke).
L’analyse plus détaillée des activités de Nuance montre que cette dernière a aussi une application spécifique dans les services de santé, et utilisée dans… 77 % des hôpitaux américains. Son intérêt ? Elle permet aux docteurs de dicter leurs diagnostics et de stocker les informations ainsi dictées de façon fiable. Vous voyez déjà les liens entre cloud et reconnaissance vocale, bien entendu.
Il est vrai aussi que Nuance Communications n’est pas très profitable car elle ne génère que 29 millions de dollars de profits sur 1,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Pour le reste, Microsoft a toujours été actif dans la reconnaissance vocale et travaillait déjà avec Nuance. Ils avaient d’ailleurs une participation de 8% dans L&H.

Quel impact boursier ?

Reste à s’interroger sur l’impact de cette acquisition d’un point de vue financier. A priori, l’opération ne représente pas grand-chose sur le plan financier : le rapport annuel de Microsoft fait état de 136,5 milliards de dollars de cash sur son bilan en juin 2020. Autrement dit, l’impact de cette acquisition sur les bénéfices de Microsoft ne se fera pas sentir avant 2023.
De plus, la croissance historique de Microsoft ne vient pas d’acquisitions. Sa croissance a été avant tout organique, grâce à ses investissements dans sa propre recherche. Mais cette réserve faite, il est clair que ces dernières années, Microsoft est devenue plus gourmande. La preuve ? Elle a acheté LinkedIn en 2016, et l’année dernière on parlait d’un éventuel rachat de l’appli TikTok. Autant d’acquisitions qui a première vue n’ont pas grand-chose à voir avec ses activités.

Stratégie nourricière

Si sur le plan financier, l’impact est mineur, cette opération de rachat de Nuance Communication prend beaucoup de sens sur le plan stratégique.
Nous estimons deux impacts :
  • Premièrement, les brevets en reconnaissance vocale pourront être utilisés par Microsoft dans d’autres secteurs et ajouter cette fonctionnalité dans leurs services classiques offerts aux entreprises.
  • Et pour comprendre le second impact, il faut revenir sur le « cloud ». Nous savons qu’il s’agit d’hébergement et donc d’infrastructure. Mais à quoi bon héberger des données si c’est pour ne rien en faire ? Le but est de rendre ces données productives, de les monétiser. Les plateformes du cloud offrent aussi des outils d’analyse ou d’interprétation de ces données. Ces outils prennent la forme d’algorithmes qui permettent de déduire des comportements de consommateurs (si on héberge les données d’une entreprise commerciale) ou de patients (si on héberge les données d’un hôpital). Et une fois qu’on comprend les comportements, on peut proposer de meilleurs services et donc monétiser les données. Mais afin de développer ces outils d’analyse, il faut de la masse critique. Et donc, ce qu’on observe, c’est que les entreprises de service du cloud font de plus en plus d’acquisitions pour venir « nourrir » leur infrastructure. Nuance apporte principalement une porte d’entrée dans l’analyse des données pour les services de santé. De la masse critique dans les données liées à la santé et qui permettra à Microsoft de proposer de meilleurs services auprès de tous les professionnels de la santé.
Bref, en « nourrissant » leur infrastructure de nouvelles expertises, les plateformes renforcent encore plus leur position dominante dans la « guerre des données », ces données qui, on le sait, sont la matière première de l’économie digitale.

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