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Comment éviter un désastre climatique (selon Bill Gates)

Par Céline Boulenger - Economist
Dans son nouveau livre « Climat : comment éviter un désastre », Bill Gates parcourt en 200 pages la crise climatique que nous vivons aujourd’hui et les solutions qui existent pour atteindre la neutralité carbone. Même s’il peut paraître étrange de suivre les conseils d’un milliardaire technocrate dont l’empreinte carbone est astronomique, ce livre nous apprend énormément sur l’enjeu technologique de la crise. Dans cet article, nous tentons d’analyser les leçons qu’il nous enseigne, ainsi que certaines de ces lacunes.

Le net zéro

Toute l’argumentation de Bill Gates s’appuie sur un seul fait : la nécessité de viser la neutralité carbone. En effet, il explique avec beaucoup de clarté que réduire nos émissions ne sera pas suffisant, car tant que le carbone s’accumule dans l’atmosphère, les températures continueront à monter, menaçant toute forme de vie sur cette planète. Il explique également qu’atteindre « zéro émission » ne veut pas dire que nos activités économiques n’émettront plus aucun carbone, mais qu’on parle bien ici d’émissions nettes nulles. Il définit cela par une diminution des émissions la plus grande possible, mariée à des techniques de retrait de carbone. Ce retrait pourrait être effectué soit à la source de l’émission, soit dans l’atmosphère elle-même. Il réconcilie également la lutte contre la pauvreté avec la lutte contre le changement climatique. En effet, selon lui, il est impératif que chaque individu ait accès à l’électricité, au transport, et à de la nourriture de qualité. Il faut donc promouvoir le développement économique des régions les plus pauvres. La lutte contre le réchauffement climatique doit tenir compte de ces enjeux, et ne peut en aucun cas condamner des êtres humains à vivre dans de mauvaises conditions. Il est inconcevable de demander aux pays africains par exemple, qui aujourd’hui ne représentent que 2 % des émissions de carbone, de continuer à vivre dans la pauvreté, cela pour éviter un désastre climatique. Au contraire, il faut investir dans des technologies qui permettront aux pays émergents de se développer de manière durable, sans augmenter leurs empreintes carbones.

Chaque secteur est concerné

Comme l’explique B. Gates, atteindre le net zéro ne sera pas une tâche facile, bien au contraire. Cela car chaque secteur économique va devoir repenser ses façons de faire. Changer les secteurs du transport et de l’électricité ne suffira pas. En effet, le secteur du transport par exemple, ne représente que 16 % des émissions globales, alors que le secteur de la construction et de l’infrastructure, est responsable de 31% de celles-ci. Il faut donc révolutionner tous les domaines économiques.
Selon lui, il faudra électrifier le plus de secteurs possibles, comme celui du transport, et s’assurer que l’électricité provient de sources non-polluantes. Il parle bien sûr longuement des énergies renouvelables, de la nécessité de faire baisser leurs coûts et d’améliorer les systèmes de stockage, mais il parle également du nucléaire. Ce dernier, grand tabou des débats environnementaux, est selon lui indispensable pour atteindre la neutralité carbone, puisqu’il est aujourd’hui la seule source d’électricité sans intermittence non-carbonée. Il mentionne bien évidemment les progrès auxquels il faut aspirer pour rendre le nucléaire plus sécurisé et plus propre ; et il parle également de la possibilité de voir un jour naître des centrales nucléaires basées sur la fusion, un processus qui libèrerait quatre fois plus d’énergie que la fission nucléaire, et qui ne produirait aucuns déchets radioactifs de haute activité.

Mitigation avant adaptation

Dans la deuxième partie de son livre, il parle également des différences entre la mitigation et l’adaptation au changement climatique. Selon lui, il faut d’abord se concentrer sur la mitigation, c’est-à-dire mettre tout en œuvre pour éviter un désastre climatique. Atteindre le net zéro doit rester la priorité. Toutefois, même si nos émissions sont réduites à néant d’ici 2050, le réchauffement climatique a déjà commencé, et un certain niveau d’adaptation à celui-ci sera nécessaire. Cela surtout dans les pays les plus vulnérables à l’augmentation des températures et à la montée des eaux. Ceux-ci sont malheureusement souvent des pays émergents qui manquent de moyens. Il faudra par exemple aider le continent africain à faire face à des sécheresses de plus en plus courantes, et à adapter ses cultures agricoles en fonction du climat, pour éviter de nouvelles vagues de malnutrition. Ce sont donc les plus vulnérables qu’il faut protéger avant tout ; et il faut également garder en tête que, plus nous réduisons nos émissions aujourd’hui, moins nous devrons nous adapter à un climat plus hostile demain.

Certaines lacunes

Il faut néanmoins souligner que même si Bill Gates fait une très bonne analyse des technologies qu’il faut absolument déployer dans les années à venir pour atteindre la neutralité carbone, son livre est à son image ; c’est-à-dire qu’il est évident qu’il fut écrit par la plume d’un technocrate. Même si renforcer de manière significative la recherche et le développement dans les technologies de demain doit être une priorité, la technologie ne résout pas tout, et le fondateur de Microsoft fait peut-être preuve d’une pincée de naïveté dans cet ouvrage.
  • Il souligne évidemment que les secteurs publics et privés doivent travailler ensemble pour atteindre le net zéro, mais il reste néanmoins focalisé sur le secteur privé, puisqu’il en fait partie. Nous pensons pourtant que c’est le secteur public qui peut changer la donne. En effet, si appliquer les conseils des scientifiques et technocrates pouvait se faire en un clin d’œil, nous n’en serions pas là aujourd’hui (tant d’un point de vue écologique, que d’un point de vue sanitaire). La transition écologique est lente et compliquée parce qu’elle dépend de nos gouvernements et des politiciens qui les représentent, mais aussi de la volonté de chaque citoyen de changer son mode de vie et de chaque entreprise de faire de l’écologie une priorité. Bill Gates a l’humilité d’admettre qu’il n’a pas de solution aux politiques du changement climatique, pourtant, c’est bel et bien celles-ci qui doivent être chamboulées en priorité. Chaque gouvernement doit prendre ses responsabilités et mettre en place des politiques climatiques extrêmement ambitieuses, tout en forçant la main au secteur privé pour qu’il suive la même trajectoire.
  • Il ne mentionne pas non plus l’importance des institutions multilatérales dans la lutte contre le changement climatique et dans l’aide au développement pour les pays émergents. La COP26 par exemple pourrait avoir un impact énorme sur les décisions prises par les gouvernements dans un futur proche. Le changement climatique est intrinsèquement global, il lui faut donc des solutions qui soient elles aussi globales. Le travail remarquable fourni par Bill Gates nous apprend énormément sur les technologies de demain et sur les solutions qui existent déjà aujourd’hui pour diminuer nos émissions et pour capturer une partie de celles-ci, mais en se penchant davantage sur la nature politique de l’enjeu climatique, son travail d’analyse aurait été plus abouti.

Ce qui est frappant, ce n'est pas tant l'ampleur de la réduction des émissions causée par la pandémie que la faiblesse de cette réduction. La diminution relativement modeste des émissions cette année est révélatrice : nous ne pourrons pas atteindre l'objectif « zéro émission » en nous contentant de prendre moins l'avion et la voiture.Aussi terrible cette pandémie soit-elle, le changement climatique pourrait être pire. Une crise mondiale a ébranlé la planète. Elle cause un nombre tragique de décès, fait craindre aux gens de quitter leur foyer et sera source de difficultés économiques pour de nombreuses générations. Ses répercussions se font sentir dans le monde entier. Je fais bien sûr référence au COVID-19. Mais dans quelques décennies seulement, les mêmes caractéristiques s'appliqueront à une autre crise mondiale : le changement climatique.

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