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L'économie Americaine
Monthly House View

Économie américaine : ni trop chaud, ni trop froid

Lucas Meric - Cross asset Strategist

Confronter un scénario macroéconomique aux anticipations des investisseurs relève souvent du jeu du chat et de la souris. Fin 2025, les craintes sur l'emploi justifiaient des baisses de taux ; aujourd'hui, la normalisation du marché du travail et des pressions inflationnistes, majoritairement temporaires, amènent les marchés à anticiper des hausses. Pourtant, nous ne pensons pas que l'économie américaine soit en phase de réaccélération : elle devrait plutôt rester « ni trop chaude, ni trop froide ».

Une économie solide, mais soutenue par des facteurs temporaires

Après un début d'année marqué par les inquiétudes liées au ralentissement de l'emploi et de la croissance, l'économie américaine a démontré une résilience notable. La consommation et l'emploi ont bénéficié de plusieurs soutiens ponctuels, notamment les remboursements d'impôts, l'anticipation de perturbations commerciales par les entreprises et l'effet positif généré par l'organisation de la Coupe du Monde dans certaines villes américaines.
Toutefois, ces facteurs exceptionnels ne devraient pas durablement alimenter la croissance. La hausse des prix de l'énergie pèse sur les revenus réels des ménages, tandis que l'augmentation des taux d'intérêt à long terme risque de freiner l'investissement des entreprises. Si l'activité économique devrait ralentir légèrement dans les prochains mois, les fondamentaux restent solides grâce à la consommation des ménages les plus aisés et aux investissements massifs dans l'intelligence artificielle.

Une inflation plus élevée que prévu, mais sans emballement généralisé

L'inflation américaine devrait connaître une nouvelle accélération à court terme sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie liée aux tensions au Moyen-Orient. Cependant, plusieurs des facteurs qui maintiennent aujourd'hui l'inflation à un niveau élevé apparaissent temporaires.
Les effets des droits de douane introduits en 2025 devraient progressivement s'estomper. De même, les perturbations des flux énergétiques et commerciaux dans le détroit d'Ormuz pourraient se normaliser. En revanche, certaines pressions liées au cycle d'investissement dans l'intelligence artificielle, notamment dans les secteurs des logiciels et des semi-conducteurs, pourraient persister plus longtemps.
Dans ce contexte, un retour rapide de l'inflation sous-jacente vers l'objectif de 2 % semble peu probable. En revanche, l'inflation globale pourrait progressivement converger vers ce niveau à l'horizon 2027 grâce à la détente attendue sur les prix de l'énergie.

Les principaux risques à surveiller

Le principal risque pour ce scénario reste une réaccélération durable de l'inflation. Trois indicateurs méritent une attention particulière :
  • Le marché du travail : contrairement à la situation observée en 2022, le pouvoir de négociation des salariés demeure limité, ce qui réduit le risque d'une spirale salaires-prix.
  • Les anticipations d'inflation : elles restent globalement bien ancrées, tant du côté des consommateurs que des marchés financiers.
  • L'étendue des hausses de prix : l'inflation demeure concentrée sur quelques secteurs spécifiques, notamment l'énergie, les équipements technologiques, les logiciels et certains services financiers.
À ce stade, la hausse des prix ne semble donc pas suffisamment généralisée pour créer une dynamique inflationniste durable. Néanmoins, l'évolution de la situation géopolitique au Moyen-Orient ou l'éventuelle mise en place de nouvelles mesures de soutien budgétaire pourraient modifier cet équilibre.

Quelles conséquences pour les marchés ?

Les données récentes continuent de refléter une économie américaine robuste. Toutefois, les investisseurs doivent éviter de surestimer la vigueur actuelle de la croissance en négligeant le caractère temporaire de certains facteurs de soutien.
Notre scénario central reste celui d'une économie évoluant à un rythme équilibré, « ni trop chaud, ni trop froid ». Dans cette configuration, la Réserve fédérale conserverait une marge de manœuvre suffisante pour assouplir encore légèrement sa politique monétaire à l'horizon 2027, sans pour autant faire face à un risque majeur de surchauffe économique.
Pour les marchés financiers, cela plaide davantage pour un environnement de normalisation progressive que pour un scénario de forte accélération de la croissance ou de retour d'une inflation durablement élevée.
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