Monthly House View
05.05.20263 min
Crédit : un ancrage dans la tempête
Dans un contexte de volatilité accrue des marchés, la classe d’actifs crédit public a fait preuve de résilience. Les rendements ont progressé, portés par la hausse des taux souverains et des anticipations d’inflation, mais l’élargissement des spreads de crédit est resté contenu, soutenu par des fondamentaux d’entreprise solides. Le marché primaire obligataire public demeure ouvert, répondant à une demande soutenue des investisseurs lors des fenêtres d’émission.
Des marchés sous tension, des spreads maîtrisés
La hausse des prix de l’énergie liée au conflit en Iran a entraîné une remontée progressive des rendements du crédit mondial, via les taux américains et européens. Toutefois, l’élargissement des spreads est resté modéré, aussi bien sur l’investment grade que sur le high yield (HY). Les niveaux observés demeurent nettement inférieurs à ceux atteints lors des épisodes de stress majeurs récents, confirmant une réaction mesurée des marchés.
Des fondamentaux d’entreprise toujours robustes
Contrairement à 2022, les marchés intègrent aujourd’hui un choc énergétique jugé temporaire. Les bilans des entreprises restent solides, avec des leviers modérés et des ratios de couverture élevés. Les taux de défaut, notamment sur le segment HY, demeurent contenus aux États-Unis comme en Europe, témoignant d’une capacité de résistance élevée des émetteurs.
Le soutien clé du secteur financier
Près de la moitié de l’univers du crédit est constituée d’institutions financières, principalement des banques. Fortement capitalisées et encadrées par une réglementation renforcée, elles affichent une qualité d’actifs résiliente et jouent un rôle stabilisateur pour l’ensemble du marché du crédit.
Des facteurs techniques contrastés mais ordonnés
Après un début d’année positif, les flux vers les fonds crédit sont devenus plus volatils, avec des sorties plus marquées sur le HY. En parallèle, le marché primaire a fonctionné par séquences, mais de manière disciplinée : dès que les conditions le permettaient, les émetteurs ont retrouvé l’accès au financement, soutenus par une demande toujours présente des investisseurs.
Le crédit privé sous les projecteurs
Le crédit privé désigne des financements accordés hors des marchés publics, sous forme d’accords de dette négociés de gré à gré. Dans sa définition la plus courante, il recouvre principalement des prêts seniors garantis, non notés, octroyés par des fonds privés à des entreprises soutenues par le capital investissement. Ce segment, souvent appelé direct lending, repose sur un modèle d’origination conservation : les prêts sont conservés au bilan jusqu’à leur échéance et ciblent des sociétés présentant des flux de trésorerie solides et récurrents.
Estimé à environ 1 000 milliards de dollars, le marché du direct lending est constitué pour près de moitié de fonds semi liquides, offrant généralement une liquidité trimestrielle aux investisseurs. Cette structure a récemment attiré l’attention, dans un contexte de hausse des incertitudes.
BSL : l’amalgame qui a pesé sur le direct lending
Ces derniers mois, le direct lending a en effet été fréquemment confondu avec les Broadly Syndicated Loans (BSL), des prêts non notés octroyés par les banques selon un modèle d’origination distribution et largement revendus sur le marché secondaire. Plusieurs défauts médiatisés sur les BSL, combinés à cette confusion, ont provoqué des rachats dans certains fonds semi liquides de direct lending. Les interrogations liées à l’impact de l’intelligence artificielle sur certaines entreprises, notamment dans le secteur logiciel, ont également contribué à ce mouvement.
Malgré ces tensions ponctuelles, le direct lending reste de taille limitée par rapport aux 240.000 milliards de dollars d’actifs financiers américains. Les taux de défaut y demeurent modérés, ce qui rend peu probable l’émergence d’un risque systémique et plaide pour une lecture plus nuancée de la classe d’actifs.





