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Green Deal : quel impact sur votre portefeuille ?

Par Jérôme van der Bruggen - Head of Investments
Les plans de relance qui font suite à la crise sanitaire ont permis de dégager les moyens financiers nécessaires à la concrétisation des ambitions climatiques. Ces plans serviront en grande partie à réaliser la transition énergétique et entraîneront une véritable accélération des investissements verts au cours de la prochaine décennie. Mais ces plans d’investissement doivent également poursuivre d’autres objectifs que le simple développement d’une économie neutre d’un point de vue climatique…
La transition énergétique offre donc des opportunités, mais il y a aussi des risques. Pour atteindre les objectifs, il est très probable que l’émission de gaz à effet de serre s’accompagne d’un coût plus élevé. Il va de soi que les secteurs générant le plus d’émissions de CO2 sont les plus impactés.
Nous pouvons nous attendre à ce que les décisions d’investissement reposent de plus en plus sur des considérations climatiques, car elles influencent la valorisation des actifs. Elles contribueront donc à déterminer l’affectation des capitaux des investisseurs.

1. En ce qui concerne le changement climatique et, plus précisément, les nombreux objectifs fixés par les gouvernements, sommes-nous vraiment à un point de basculement?

Oui, nous le sommes. Il est bien sûr vrai que les scientifiques mettent en garde depuis bien plus longtemps (au moins depuis les années 1970) sur les effets nocifs des émissions de gaz à effet de serre pour les sociétés dans leur ensemble. Mais en effet, les investissements verts durables de la dernière décennie ne sont qu'un point de départ. Les choses s'accélèrent vraiment, la crise corona jouant le rôle de catalyseur. 2020 pourrait bien rester dans les mémoires comme une année clé à cet égard. L'Europe a affûté ses objectifs climatiques, aux Etats-Unis l'élection de Joe Biden a remis le débat sur le climat sur la carte. Et la Chine s'est engagée pour la première fois à une date précise pour devenir neutre en carbone. Par ailleurs, d'autres pays ont également renforcé leurs ambitions climatiques, comme le Japon, la Corée du Sud, le Canada et le Royaume-Uni. Alors oui, il y a eu du progrès en 2020.

2. De quelles initiatives parlons-nous exactement?

Il y a beaucoup de choses à mentionner vraiment. Pour une analyse plus détaillée, je voudrais me référer à notre analyse où nous approfondissons les plans de l'Union européenne, des États-Unis et de la Chine qui, ensemble, représentent environ la moitié des émissions mondiales de carbone.
  • Or, vous savez que d'ici 2030, l'UE veut mettre en place un total de 1,000 milliards d'euros (via le budget pluriannuel, via le Next Generation Fund mais aussi à travers des initiatives nationales, souvent des partenariats public-privé). L'objectif est de devenir à terme neutre en carbone d'ici 2050. Pour être plus précis, cet argent ira à des investissements dans l'énergie solaire et éolienne, les batteries, l'hydrogène, les véhicules électriques et les bâtiments. Mais il y a plus et la CE fera également bientôt une proposition concrète visant à imposer une taxe carbone sur l'importation de produits polluants (le soi-disant «mécanisme d'ajustement à la frontière carbone»).
  • Puis aux États-Unis, avec Joe Biden, il y a à nouveau un président qui croit au grand défi du changement climatique. La rentrée dans l'Accord de Paris, la nomination de John Kerry comme envoyé spécial pour le climat et l'ambition de neutralité Co2 à l'horizon 2050 en sont la preuve. Biden veut également un accord d'infrastructure durable de 2,000 milliards de dollars, même s'il faut dire que ce plan manque encore de détails et doit encore être approuvé par le Congrès, ce qui pourrait prendre un certain temps.
  • Et en ce qui concerne la Chine, d'une part, la Chine conserve un charbon très polluant à court terme. C'est donc un peu décevant. D'autre part, et c'est une bonne nouvelle, Pékin a explicitement annoncé d'augmenter ses efforts afin de devenir climatiquement neutre d'ici 2060. Nous en discutons également plus en détail dans notre analyse.

3. Ce sont des objectifs ambitieux, mais dans quelle mesure ces plans sont-ils réalistes et est-ce suffisant? Et que savons-nous réellement de l'impact économique?

Comme l'explique Bill Gates dans son nouveau livre (« Comment éviter une catastrophe climatique? »): faire des plans est une chose, mettre en œuvre ces plans est encore quelque chose de différent. Le monde émet aujourd'hui plus de 30 milliards de tonnes de CO2 chaque année. Lorsque les gens pensent à réduire cela, ils se concentrent généralement sur des choses relativement faciles comme les sources d'énergie renouvelables pour l'électricité ou les voitures électriques. Mais nous devons également progresser dans d'autres grands domaines, comme le béton et le ciment à faibles émissions, l'aviation et le stockage des batteries. Nous avons donc vraiment besoin d'un tsunami d'innovation. Nous avons également besoin d'une taxe sur le carbone et de technologies comme la capture du carbone. C’est un changement de paradigme.
Est-ce réaliste ? L’économiste britannique John Maynard Keynes a dit un jour: « La difficulté n'est pas tant de développer de nouvelles idées que d'échapper aux anciennes ». Le défi pour l'humanité est bien plus grand que le développement d'un vaccin. C'est le plus grand défi du 21e siècle, et probablement le plus grand défi auquel l'humanité ait jamais été confrontée.
Quant à l'impact économique, il faut faire un peu attention à faire de grandes prédictions. Mais les recherches disponibles sur le sujet (comme celle de Joe Stiglitz et Nicolas Stern) suggèrent un effet multiplicateur positif clair de ces investissements dans les infrastructures et l'innovation. Et l'impact sur le marché du travail devrait également être positif car bon nombre de ces projets sont à forte intensité de main-d'œuvre.

4. Pour conclure, quelle est l’implication de tout cela sur les portefeuilles d’investissement?

Il est très clair que les gouvernements du monde entier intensifient leurs efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique. Depuis de nombreuses années, nos analystes et gestionnaires de fonds tiennent compte de cette réalité.
Nous avons mis en place une politique d’investissement extra-financière pour tous les portefeuilles que nous gérons, avec des critères de sélection de valeurs basés sur les enjeux environnementaux, de société et de gouvernance – les enjeux non-financiers. Cette façon d’investir – de complémenter les critères financiers de critères non-financiers – existe depuis longtemps chez nous, mais cette formalisation, quelque-part de mettre ces critères au même niveau que les critères financiers est nouvelle et elle là pour rester.
C’est une tendance structurelle qui ne fera que se renforcer. Et cela a un impact sur la valorisation des actions et des obligations. Il est justifié de payer une prime pour un émetteur de qualité – qui obtient les meilleurs scores sur ces critères.
Et, bien entendu, ces plans climatiques ne doivent pas être considérés isolément. Ces efforts vont de pair avec d'autres défis, notamment la numérisation en cours de l'économie et la modernisation des équipements industriels. Et il y a aussi des considérations géopolitiques en jeu. Les États-Unis, l'UE et la Chine ont tous l'ambition de devenir des leaders mondiaux des nouvelles technologies ou du moins d'aspirer à une grande autosuffisance en matière de technologie climatique.
En d'autres termes, tous ces aspects méritent une attention particulière dans un portefeuille d'investissement bien géré. Et c’est ce que nous faisons.

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