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Hausse de l’inflation

Hausse de l’inflation, transitoire ou structurelle ?

Par Alexandre Gauthy - Economist
Depuis plusieurs mois, l’inflation progresse. Aux Etats-Unis, la hausse des prix en octobre a atteint 6,2 %, soit un niveau plus atteint depuis 31 ans. De même, dans la zone euro, l’inflation a grimpé à un niveau jamais observé depuis la création de l’euro. Le débat sur l’inflation fait rage et les avis divergent fortement. Est-on rentré dans une période structurelle de hausse des prix ou les craintes d’inflation sont-elles exagérées ? Cette note examine les causes de la montée de l’inflation, les possibilités d’un retour à la normale ainsi que les risques à plus long terme pour les prix.

Les causes de la hausse des prix

Il convient de prime abord de préciser que l’inflation est une donnée économique qui est mesurée chaque mois et qui représente une variation annuelle en pourcentage. Par exemple, une inflation de 5 % signifie que le niveau des prix à la consommation dépasse de 5 % son niveau du même mois de l’année précédente. Cette définition nous aide à expliquer la première cause de la hausse récente de l’inflation. L’inflation a « mécaniquement » augmenté à partir d’avril 2021, un an après que les prix pétroliers aient atteint un plancher. C’est ce que l’on nomme « effets de base positifs », la base de comparaison des prix de l’année précédente étant faible.

En dehors des chocs sur le prix des matières premières, l’inflation nait d’un déséquilibre entre l’offre et la demande. Lorsque la demande est trop élevée par rapport à la capacité de production de l’économie, les prix augmentent. Inversement, quand la quantité de biens et de services offerts dépasse la demande, les prix ont tendance à s’ajuster à la baisse.

Ces deux dernières années furent marquées par une expérimentation fiscale aux Etats-Unis :
  • Pour la première fois en période de récession économique, le revenu total des ménages américains a augmenté par rapport à son niveau d’avant-crise. En général, les pertes d’emplois résultant de la chute de l’activité réduisent le revenu disponible des ménages, les aides du gouvernement ne permettant pas d’entièrement compenser la baisse des revenus.
  • A cela s’ajoute bien souvent la constitution d’une épargne de précaution dans les périodes économiques difficiles.
Ces deux facteurs entrainent une contraction de la demande qui est en soi déflationniste. A la différence des récessions passées, ces deux dernières années, l’Etat américain a octroyé des aides financières colossales aux ménages américains, sous forme de trois paiements uniques et d’augmentation des allocations de chômage. Ces transferts fiscaux ont plus que compensé la perte de revenus liée aux destructions d’emplois aux Etats-Unis, résultant en une hausse des revenus disponibles des ménages américains dans leur ensemble.

La situation dans laquelle nous nous trouvons est particulière, car la hausse des prix peut être attribuée aussi bien à une demande élevée qu’à des problèmes liés à l’offre.
  • La crise actuelle fut dans un premier temps déflationniste, car les mesures de confinement ont limité de facto la consommation d’un grand nombre de services. En revanche, la demande pour les biens a été dopée durant le confinement par l’impossibilité de consommer certains services et par la hausse du revenu disponible des ménages américains. Cette forte demande de biens a mis à rude épreuve les chaines de production mondiales. Ce qui a débuté par une pénurie de semi-conducteurs s’est ensuite étendu à d’autres composants et produits intermédiaires. Des problèmes liés à l’offre entrent aussi en considération. Certaines usines, notamment en Asie, ont été contraintes de fermer temporairement en raison des mesures prises par les autorités qui visaient à limiter la propagation du virus. De plus, le coût du transport maritime fut multiplié par 8 au plus fort de la crise, le nombre de containers existants étant insuffisants pour transporter ces biens dont la demande flambait à travers le monde. Naturellement, une hausse de la demande de biens combinée à une offre freinée par plusieurs facteurs a conduit à un déséquilibre offre/demande et à des pressions inflationnistes sur les biens. La hausse du prix des biens observée durant la pandémie a donc été causée principalement par une incapacité de l’offre à s’adapter à la forte demande pour les biens.
  • Dans un second temps, lorsque les mesures de restriction furent relâchées, la demande pour les services domestiques a rapidement rebondi, ce qui a entrainé des hausses de prix dans les services liés au tourisme par exemple. C’est ce qu’on appelle dans le jargon l’inflation liée à la réouverture.
  • Enfin, la hausse plus récente de l’inflation est également due à l’augmentation du prix de l’énergie. Le renchérissement du prix de l’énergie peut être attribué à plusieurs facteurs : la forte demande liée à la levée des mesures de restriction, la stratégie de limitation de l’offre de l’OPEC, la transition énergétique vers des énergies renouvelables dont l’offre peut être volatile et les tensions entre l’Union Européenne et la Russie.

Vers une modération de l’inflation

Comme expliqué précédemment, la hausse de l’inflation est en grande partie imputable à la situation unique à laquelle fait face l’économie mondiale. Pour qu’une spirale inflationniste s’enclenche, l’équilibre offre/demande doit être altéré de manière durable. Or, il existe aujourd’hui peu d’indications que l’économie mondiale se trouve dans ce cas de figure.

Nous pensons que deux éléments feront ralentir l’inflation en 2022 :
  • Premièrement, en 2022, la base de comparaison sera plus élevée pour une série de composants du panier de la ménagère tels que l’énergie, les voitures d’occasion et les locations de voiture par exemple.
  • Deuxièmement, les problèmes rencontrés dans les chaines d’approvisionnement mondiales devraient se résoudre au fur et à mesure que les habitudes de consommation se normaliseront, au profit des services et au détriment des biens. De plus, l’offre s’est entre-temps adaptée à la forte hausse de la demande, rétablissant un certain équilibre offre/demande. C’est le cas des capacités de production de semi-conducteurs et de containers maritimes qui ont augmenté en 2021. Cependant, tant que la pandémie n'est pas terminée, les problèmes d'approvisionnement peuvent subsister.
Ces deux éléments vont donc exercer des forces désinflationnistes l’année prochaine. Un dernier point important concerne le coût de la main d’œuvre, qui est bien souvent la charge principale des entreprises. A productivité constante, une progression du coût du travail fait augmenter le coût unitaire de production. Afin de protéger leurs marges bénéficiaires, les entreprises tentent alors de répercuter la hausse de leurs coûts de production dans leurs prix de vente. Aujourd’hui, l’inflation salariale est plus de deux fois supérieure aux Etats-Unis qu’en zone euro. Et les indicateurs avancés pointent vers une poursuite des hausses salariales aux Etats-Unis. Cette inflation des salaires peut être expliquée par une offre restreinte sur le marché du travail, à un moment où la demande de travail est robuste. De fait, certaines personnes restent en dehors du marché de l’emploi en raison d’attentes salariales plus élevées, d’un coussin financier suffisant pour ne pas travailler et dans l’espoir d’une meilleure qualité de vie. Ici aussi, un mécanisme d’ajustement pourrait rétablir un certain équilibre sur ce marché. Des salaires plus élevés pourraient inciter ces personnes à revenir sur le marché du travail, réduisant ainsi ce déséquilibre.

Des facteurs plus structurels à prendre en compte

Les facteurs dont nous venons de discuter sont liés au cycle économique. A plus long terme, nous sommes d’avis que l’inflation restera plus élevée que celle observée au cours de la dernière décennie.
  • D’abord, certaines banques centrales, dont la Fed, ont redéfini leur objectif d’inflation, en y incluant une tolérance de dépassement temporaire de la cible de 2%.
  • Ensuite, nous pensons que le rôle de la politique budgétaire gagnera en importance dans le futur pour répondre aux demandes de la population d’un interventionnisme étatique plus prononcé dans l’économie, notamment afin de réduire les inégalités.
  • Le vieillissement démographique est également un élément qui jouera en faveur d’une inflation plus élevée à long terme. En effet, dû au vieillissement de la population, le nombre de personnes en âge de travailler baisse par rapport au nombre de consommateurs.
  • Enfin, la crise sanitaire a mis en lumière les vulnérabilités d’un modèle économique dans lequel les chaines de production sont devenues globalisées. Un retour domestique d’une partie de la production qui avait été externalisée dans les pays émergents aurait des répercussions sur les coûts de production.
Il existe enfin un risque qu’une hausse de l’inflation n’entraine une augmentation des attentes d’inflation de la population, qui deviendrait elle-même auto-réalisatrice, dans le sens où elle pousserait les consommateurs à acheter prématurément des biens par crainte de prix plus élevés. Tant que les banques centrales restent crédibles dans leur objectif de stabilité des prix, nous pensons que ce scénario est peu probable.

Conclusion

Les forces derrière la hausse de l’inflation de ces derniers mois devraient s’estomper en 2022. Par conséquent, il est fort probable que le pic d’inflation ait été ou sera prochainement atteint dans les économies développées. Une fois ces éléments temporaires liés aux problèmes d’approvisionnement et à la réouverture de l’économie derrière nous, l’inflation devrait rester supérieure à la moyenne des dernières années, puisque d’autre facteurs de nature plus structurel prendront le relais. Il existe à ce jour peu d’éléments qui expliqueraient un retour vers une période d’inflation élevée telle que le monde a traversé dans les années 70.
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