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Transition verte : les obligations entrent dans la danse

Par Elisabeth Nève de Mévergnies - Investment Analyst and Portfolio Manager
Depuis quelques années déjà, les placements durables ont la cote auprès des investisseurs. Mais loin de se cantonner uniquement aux actions, ces placements existent aussi sous forme d’obligations.

Pourquoi parler des obligations dites vertes en ce moment ?

Parce que c’est un sujet qui revient régulièrement dans l’actualité. Il n'y a d’ailleurs plus une semaine sans une nouvelle émission d’obligations durables, vertes ou sociales. La petite nouveauté sur les marchés, c’est que la Commission européenne est récemment aussi rentrée dans le jeu en émettant sa toute première obligation verte début octobre 2021. Elle est destinée à financer le volet climatique de son plan de relance post-Covid. Autant dire que ce fut un franc succès : l’obligation, qui devait lever 12 milliards d'euros, a pu attirer plus de 135 milliards d’euros d’ordres ou de demandes de souscription. Pareils chiffres démontrent l’intérêt grandissant des investisseurs pour ce type d’instruments. 

Vous venez d’évoquer des obligations dites vertes, sociales, durables ou même ESG, que signifient ces vocables différents ? 

Rappelons d’abord qu’une obligation durable a des caractéristiques similaires à celles d’une obligation conventionnelle (rendement, risque, structure) mais la différence, c’est qu’elle répond en plus à des objectifs durables. La plupart des investisseurs sont aujourd’hui familiers avec les Green Bonds, dont les fonds empruntés financent des projets « verts ». 
Depuis 2020-2021, les obligations sociales ont quant à elles enfin pris leur envol. Selon les chiffres, elles ont représenté ces derniers semestres jusqu’à un quart des nouvelles obligations durables contre moins de 10% avant la pandémie du Covid-19. Cette accélération des obligations sociales est dûe en grande partie aux émetteurs souverains, dont l'Union européenne qui a aussi émis 90 milliards d'euros pour aider les Etats membres à mettre en place le chômage partiel lors du confinement.

En revanche, les obligations sociales semblent avoir plus de mal à percer chez les entreprises ? 

Oui sans doute parce qu’il est plus difficile pour une entreprise de définir des projets sociaux quantifiables. Du coup, comme alternative, les entreprises utilisent de leur côté plutôt les « sustainability linked bonds » qui sont des obligations avec un taux indexé sur des indicateurs durables. En d’autres mots, les obligations ne financent pas un nouveau projet social ou environnemental mais plutôt le trajet de l’activité générale de l’entreprise. Et à condition d’atteindre certains objectifs environnementaux ou sociaux, sous peine d’une pénalité sous forme d’un éventuel taux d’intérêt plus élevé. A titre d’exemple, H&M les a utilisés avec comme indicateur l’engagement d’augmenter jusqu’à 30 % la part des matières recyclées sur le total des matières utilisées.
Ce segment des sustainability linked bonds est beaucoup plus jeune et plus petit mais a du potentiel pour financer la transition. Il est plus adapté pour les industries traditionnellement plus polluantes, comme la mode, qui cherchent à s’améliorer.

Si l’on passe maintenant au point de vue de l’investisseur, est- ce que la métaphore avec les produits bio, qui sont plus chers, se vérifie avec les obligations labelisées vertes ?

Effectivement, elles sont historiquement plutôt plus chères pour l’investisseur mais il est prêt à payer cette prime verte surnommée « Greenium » pour accomplir ces objectifs de durabilité. Pareille attitude peut sembler étonnante parce qu’en théorie, ces obligations ont autant de chances d’être remboursées. Elles comportent le même risque de défaut puisqu’elles proviennent du même émetteur.
En pratique, cette prime s’explique davantage par le fait que la demande reste supérieure à l’offre, même si cette offre s’est fort développée et diversifiée ces dernières années. 
Mais par effet miroir, elles sont moins chères pour l’émetteur. Ce qui est plutôt une bonne chose pour les encourager à mettre en place ces projets durables et à émettre ce type d’instruments, ce qui étayera l’offre 

Pour un produit bio, il y a une traçabilité qui est assurée. Est- ce qu’il existe la même chose pour vérifier la fiabilité de ces obligations ? 

Effectivement, ces obligations ne sont pas toujours toutes roses ou plutôt toutes vertes. Certains reprochent le manque de standardisation et d’uniformité dans les règles du jeu. D’autres craignent que la traçabilité de l’utilisation des fonds soit difficile à assurer. Et ils n’ont pas tout à fait tort quand on voit que seule la moitié des obligations vertes chinoises seraient conformes aux normes internationales. Raison pour laquelle, la Chine et l’Europe travaillent sur une taxonomie verte commune. D’ailleurs, pour la première obligation verte de l’Europe que j’évoquais à l’instant, il a fallu développer un cadre qui prévoie des dispositifs de reporting, de contrôle, d'évaluation et même des pénalités si le programme d’investissement annoncé n’est pas respecté. 
La bonne nouvelle, c’est qu’il y a une professionnalisation et une standardisation. L’Europe espère même voir ces nouveaux standards en inspirer d’autres et s'imposer au niveau mondial.
Même si ce marché est en forte croissance, il ne représente encore qu’une toute petite partie de l’encours mondial d’obligations. Et les montants des investissements nécessaires pour lutter contre le changement climatique restent colossaux…
Ces obligations vertes et selon les standards européens ont donc un bel avenir devant elles et permettent de marier les deux mondes de la finance et de la durabilité.
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